Larmes c 1                         ...Du Miroir d'Emeraude..................
                                                                         
....
.......aux Larmes du Vent..       

J'AVAIS 14 ANS...!

1280px ruined kiev in wwii          Ruines...Dévastation de toutes sortes...Ci-dessus KIEV à la fin de la seconde Guerre Mondiale.

      Des ruines ressemblant à tant de ruines et leurs cortèges de tant de martyres! Et ce, au long des siècles!
      Ces jours-ci, nous n'avons pas de mots pour décrire l'abomination qu'ont subie tant de pauvres gens, civils ordinaires de tous âges et pire que tout, tant d'enfants emportés dans cette tuerie.
      Comment qualifier autrement un tel degré de barbarie?
     
 Notre monde est plongé dans les ténèbres absolues. Innombrables sommes-nous, impuissants, à ne plus pouvoir "vivre comme avant"!!!
       Comment gommer les atrocités de notre mémoire"vive".?.. Tourner la page pour reprendre- un instant interrompue  par une compassion minimale- la poursuite de nos petites ambitions, de nos plaisirs comme si de rien n'était, comme si la guerre ne nous menaçait aucunement, nous paraît sacrilège! Sentiment amplement partagé.

                 
                        - VOUS, LES JEUNES, VOUS N'AVEZ PAS CONNU LA GUERRE!  VOUS NE SAVEZ PAS CE QUE C'EST!

   
 Cette phrase forte adressée à des jeunes, a fait soudain surgir de ma mémoire  une scène de mon adolescence- d'un soir, en pension.
     J'étais en quatrième. C'était l'heure de la "cordonnerie"- avant de monter dans nos vastes dortoirs de quarante à soixante lits. Ou plus?
       Une vraie garnison de filles - Lycée de Jeunes Filles oblige: ce n'est qu'en terminale que le Lycée de Garçons  nous a envoyé ses premiers cobayes- en cours!
       LA révolution, quoi!
                   
                                 ***

      Ce soir-là, il y eut comme une rumeur, une vague diffuse venue des lavabos puis quelques débordements- toujours contenus car les mauvaises "notes" pleuvaient et au bout de 5 seulement, c'était la colle. Et il y avait toujours une "pionne" au mauvais moment...Régime du PAS DE CHANCE!
 Nous étions loin d'être indisciplinées et si quelques plus hardies se permettaient d'enfreindre l'alignement du rang ou le silence ou un défaut dans la blouse ou l'uniforme de sortie, elles méritaient notre reconnaissance: au prix d'une seule sortie par trimestre " sauvée par le gong des vacances", elles nous offraient un moment d'oubli, de maigre détente!

      Soudain, il y eut une sorte de vagissement qui nous cloua sur place...
      Une marée de blouses bistres se rua vers la source du désespoir:
               - JE NE VEUX PAS MOU- OU -OUR-RIR .!!!.dans un hoquet qui étouffait littéralement une " petite sixième"!
        ( Pensez ! Nous étions "grandes"..tellement que les vraies grandes ne nous manquaient pas!)

      On eut beaucoup de mal à connaître la raison de son désespoir..Puis il y en eut d'autres en écho si bien  que ce fut 
     la Surveillante Générale- pour le coup- qui vint nous regrouper en Salle de Permanence!
Fait exceptionnel réservé aux urgences comme lors d'une "épidémie" qui s'avéra être une intoxication alimentaire! Nous tombions comme des mouches... seules celles dont j'étais qui n'avaient pas aimé un plat résistèrent et l'on nous renvoya chez nous, tellement l'internat s'était dépeuplé! Mémorable!
  Mais devant la gravité d'une telle situation
c'est la Directrice elle-même qui accueillait les parents venus chercher leurs malades.

        Ce soir-là, il était urgent de  nous calmer, de nous rassurer- à défaut de nous consoler!

       
Voici les raisons de cette soudaine explosion de pleurs:
      Depuis l'heure où les externes reviennent en cours après le déjeuner- une rumeur avait enflé d'heure en heure. 
       En sourdine. Chuchotée tout juste  au gré des changements de salles:

      
"Il y avait  LA GUERRE! On avait entendu le bruit des canons même à Marseille!"


      Or, bien encadrées depuis la sortie des salles d'études du soir, jusqu'aux lavabos et réfectoire, personne n'avait pipé mot: EN RANG PAR TROIS ET EN SILENCE. La RUMEUR ne s'était pas propagée..
      Chacune planait encore en fin de journée dans une sorte de no man's land  qui, le plus souvent pour pleurer à tel ou tel souvenir..qui,à cause de telle ou telle mauvaise note...ou d'un  manque de tendresse évident: l'internat était dur!
 
..
      Je revois cette immense salle et sur l'estrade l'agitation de diverses surveillantes...
      J'enviais "les petites"  consolées par leur grande soeur...
      Un silence impressionnant, inhabituel nous faisait frissonner. Puis ce fut le moment tant attendu du "discours"..
     Je crois que nous avons été nombreuses à percevoir ce mot terrible de GUERRE dans une sorte de confusion de l'esprit et des sentiments..
      .MAIS!    

        "
 Nous ne risquions rien"!

      Or, cette guerre c'était celle-ci:
               

https://www.lefigaro.fr/histoire/archives/2016/11/03/26010-20161103ARTFIG00310-le-4-novembre-1956-les-chars-sovietiques-deferlent-sur-budapest.php

https://fr.wikipedia.org/wiki/Insurrection_de_Budapest

            Les images d'aujourd'hui semblent sorties de ses archives.. Comment un tel recommencement peut-il être possible aujourd'hui chez nous qui nous disons CIVILISES ?
      Les reportages qui tournent en boucle font oublier les atrocités perpétrées au même moment sur d'autres continents.
      Surtout en Afrique où les mercenaires WAGNER n'ont rien à envier à leurs frères d'armes en Europe...
     
  * J'ai voulu savoir comment cette invasion ,  avait été traitée en FRANCE: en voici un lien entre autres..
                           

  Mais pour moi, contrairement à mes camarades,remontaient à l'assaut de ma mémoire les paroles de ma Maman  toujours exprimées dans les larmes et tant de regrets!. Tant de souffrances!.
     - Ma grand-mère tuée par les Allemands dans ce petit village près de LVOV, encore polonais mais qui sera annexé.../...
    J'ai déjà exprimé tout cela..
    -S'ajoutaient ceux de mes premières années en zone occupée qu'elle m'avait rapportés si souvent: la mort de ma petite soeur aînée...du "croup"...Ma peur des bombardements et mon refuge sous les escaliers...
       Aujourd'hui, encore, J'AI TOUJOURS  LA VISION DE GRANDES  BOTTES CIREES, DEMESUREES: sûrement aperçues de puis ma cachette sous la table...où je m'étais sans doute réfugiée...


   
Il est faux d'affirmer qu'il est impossible de conserver des souvenirs de la petite enfance.
     Beaucoup de visions émergent encore de temps à autre de ce que j'ai vécu...J'ai pu en vérifier l'authenticité en retournant sur les lieux, fidèles à mes souvenirs.
     Je suis persuadée qu'elles persistent selon le degré de douleur qui les ont fixées: les arrachements, les premiers "harcèlements" scolaires.. que je constaterai moi-même chez de tout jeunes enfants...[ En début de CP, des parents étaient venus se plaindre de racket !!! dont leur petit était victime- Avéré... chantage pour de petites voitures..!]-

      Tous, nous devons avoir, enfouis, de ces petits traumatismes insoupçonnés et qui semblent dormir..!  De nos jours, les enfants peuvent au besoin bénéficier d'une aide psychologique. " Autrefois", nous n'étions guère entourés de la sorte. On ne racontait guère nos petites misères sous peine d'être rabroués!

              ***


      Ma longue expérience de vie m'a permis d'identifier ce mal-être qui m'a longtemps empoisonné l'âme... Toujours en quête de quelque chose d'impalpable. Non identifié longtemps..
        En fait, ma quête encore inassouvie d'ABSOLU plonge ses racines dans ce magma "enfantin" mêlé au caractère particulier de mes origines diffuses !
    Etudier...Chercher...Je ne m'en lasserai jamais!
  

   
     
        *****

  Nous étions bien jeunes mais existait ce clivage de ceux des villes et ceux des villages, presque obligatoirement pensionnaires. L'INFORMATION ? Nous étions curieuses de ce que les externes ou demi-pensionnaires pouvaient nous en donner!..
 Aujourd'hui, il est bien difficile d'expliquer cet univers sans l'omniprésence des médias ...Inimaginable:
      Ni réseaux sociaux. Peu de téléphones (fixes!) évidemment toute la panoplie informatique était inconnue, du domaine de la fiction même si déjà, les premiers ordinateurs avaient vu le jour.
       

     Il ne faut pas oublier que nous "entendions également parler" de la Guerre d'Indochine..
                 
  https://fr.wikipedia.org/wiki/Guerre_d%27Indochine
 
 Même si elle était à l'autre bout du monde, il se trouvait souvent un ancien pour en parler..

       Puis ce fut celle d'Algérie
                               
 https://fr.wikipedia.org/wiki/Guerre_d%27Alg%C3%A9rie
    Elle nous toucha au plus près car de nombreux jeunes de chez nous furent envoyés au front. Nous partagions la douleur et l'angoisse des familles...

        
       

       En écriture..

            

Date de dernière mise à jour : 07/04/2022