PARENTHÈSE DRAMATIQUE

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 Bien sévère cette séance telle que l'a connue nos anciens!

                             Si j'insiste tant sur mes souvenirs est-ce pour me disculper de cette sorte de tare que je traînais?

 J'étais parfois devenue si  difficile, entêtée au point de ne jamais vouloir céder même au prix de sérieuses punitions de notre père!
 Maman en souffrait beaucoup et toute la famille vivait alors dans un climat plutôt électrique. Lourd de peine cachée et de larmes.
. Le climat des vacances a bien souvent été gâché.

En étais-je vraiment coupable ?  Enfermée dans l'idée que mes parents préféraient les autres.
 Ce sentiment m'a poursuivie et aujourd'hui les regrets de tant de peines causées affleurent souvent mon présent.

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           LE DRAME.  Une parenthèse terrible.
 

    Puis il y eut cette  parenthèse terrible qui a bouleversé nos vies.


 Maman dut nous conduire, très tôt, un jour de conférence pédagogique chez nos grands-parents paternels pour qu'ils nous gardent. 
      Ils habitaient une ferme dans la Montagne. Nous devions traverser cette magnifique forêt de Ramondens, berceau de toutes nos légendes enfantines.

 Soudain, alors que maman s'était garée  en hauteur sur le bas-côté de la route forestière,un semi-remorque de transport de bois, à vide, est venu nous percuter de plein fouet. Heureuse nausée de l'un de nous! Une chance, vraiment, sinon nous aurions tous été écrasés.


 Le choc fut  terrible en raison de sa vitesse  dans une configuration très  étroite et sinueuse.L'avant de la voiture a été écrasé.
 Le pare-brise a explosé et nous sommes passés à travers..Sauf maman, inconsciente, bloquée derrière le volant.
    Un vrai miracle que chacun de nous trois n'ait pas été grièvement blessé à part un traumatisme bien naturel et des éclats de verre sous la peau. 
Le chauffeur du camion criait en s'arrachant les cheveux, des étincelles sortaient de la voiture. 

    Si maman a pu être sauvée c'est grâce au sang-froid du garde forestier qui arrivait à bicyclette. Parti chercher une fourgonnette  il nous a tous transportés chez lui. 
 L'ambulance n'est jamais arrivée. C'est le seul médecin disponible des environs qui a dû nous caser tous  dans sa voiture. Avant de déposer maman à la clinique, dans la plaine à près de 40 km de là, je me souviens qu'il cherchait à nous déposer sur le chantier de notre père . Mais nous ne savions rien!

Heureusement que notre dernier petit frère , encore bébé,était resté chez sa nounou.

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           Nous ne pourrons jamais oublier la tête ensanglantée de maman, une partie de  son crâne à nu, sa plainte faible et son inconscience. La longue attente dans la maison forestière. La crainte car nous ne connaissions personne.

Puis ce fut la séparation et l'absence insupportable de maman.


  Comme ma soeur aînée commençait à savoir écrire, elle confiait une lettre chaque jour à notre père.
  Toujours la même prière: "Reviens maman, on te languit.." Elle l'a gardée. Nous y ajoutions un dessin, un gribouillis de signature!

    De fait, elle revint plus tôt malgré l'avis des médecins! La pauvre! Nous avions du mal à la reconnaître: elle tenait à peine debout, parlait très peu, souffrait beaucoup sans trop se plaindre...

       Notre vie s'est pour ainsi dire ralentie, à son pas. Finies les incartades, les jeux: nous l'aidions comme nous pouvions et surtout en classe, nous n'avions plus MAMAN !

      Une des séquelles dont elle souffre le plus encore aujourd'hui, c'est le trou noir de sa mémoire qui a effacé des souvenirs de nos jeunes années et bien des épisodes qui ont suivi!
   

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